LA NOURRICE :
Je ne suis pas encore épuisée d’amour.
C’est pourtant avec un amour immodérée
que je m’adonne à ma tâche quotidienne.
Je ne suis pas encore épuisée d’amour.
Voyez comme mon amour rayonne sur cette
place.
…
Je veux dire les choses simplement, comme une
nourrice doit les dire. Voici : je
suis née dans un petit port du nom d’Eionée,
comme ce héros d’Homère qui mourut à Troie.
…
LE CHOEUR :
Telle que vous la voyez, c’est une femme très
sage et très aimante. Vous noterez comme
sa voix est reposante, parfois même
un peu touchante. Un corps inépuisé.
LA NOURRICE :
Voilà.
…
J’ai bien aimé ça, leurs amours. Le visage
de leurs amours. Le parfum de leurs amours…
Aimé tout ça. Tout ça, c’était tellement
grandiose, forcément. Forcément beau.
…
Vous avez été bien bons de me regarder,
avec mes gestes si posés. Vous aurez
remarqué avec quel souci d’économie
il m’arrive de me mouvoir. Vous vous êtes
surpris à espérer un réveil de mon corps,
un événement de la parole, et vous
avez bâillé d’ennui. Et vous avez été
bien bons de m’écouter.
